/ Stratégie

Le piège de l'échantillon : qualifier un importateur avant d'expédier

2 min de lectureJournal vin/tr

Il y a un moment que tout producteur apprend à aimer, puis à se méfier. Un contact à froid répond, et le message dit : « Ça a l'air intéressant, envoyez des échantillons. » On dirait la porte qui s'ouvre. Alors vous emballez vos meilleures bouteilles, payez l'expédition, naviguez dans la paperasse douanière, attendez, et puis n'entendez plus rien. Plus jamais.

C'est le piège de l'échantillon, et il est plus fréquent que personne ne l'admet. Une demande d'échantillon n'est pas un engagement. Parfois c'est un intérêt sincère. Tout aussi souvent, c'est un acheteur curieux à la main facile, ou une manière polie de clore une conversation sans dire non. Envoyer quelques bouteilles peut vous coûter quelques centaines d'euros une fois les droits et le transport comptés, et votre temps vaut plus que cela. Avant que le ruban adhésif ne touche le carton, mieux vaut prendre quelques minutes pour savoir quel type de réponse vous tenez.

/ Posez les questions qu'un acheteur sérieux est heureux de traiter

Un vrai importateur bâtit une affaire et ne verra aucun inconvénient à un peu de structure. Un curieux se taira dès que vous demanderez quelque chose qui sonne comme un engagement. Demandez donc, chaleureusement mais clairement : à côté de quelle partie de leur gamme ce vin se placerait-il ? Quelle tranche de prix cherchent-ils à combler ? Quel volume représenterait grosso modo une première commande si un vin marche ? Ont-ils un débouché en tête, CHR ou détail ?

Rien de cela n'est agressif. C'est la conversation qu'un acheteur qui achète réellement veut avoir. Les réponses vous disent presque tout. Des réponses précises et rapides signalent un vrai prospect. Des réponses vagues, ou le silence, signifient que vous venez de vous épargner une expédition.

/ Faites vos devoirs avant, pas après

Le filtre le plus solide est celui que vous appliquez avant même de répondre. Regardez le portefeuille actuel de l'importateur, en général public sur son site. Y a-t-il un trou évident que votre vin comble, ou alignent-ils déjà trois vins exactement de votre style et de votre région ? Un importateur avec cinq blancs de Loire n'a pas besoin d'un sixième. Un importateur avec un solide catalogue bourguignon et rien de frais et d'abordable venu du sud de la France a un manque que vous pouvez combler, et il le saura dès que vous le lui pointerez.

Si votre vin comble clairement un manque, l'échantillon vaut la peine d'être envoyé. Sinon, aucun envoi gratuit ne changera l'équation, parce que le problème n'est pas votre vin. C'est qu'il n'y a pas de place pour lui sur son rayon.

/ L'échantillon est un outil, pas une stratégie

Les producteurs qui gaspillent le moins de liquide sont ceux qui traitent l'échantillon comme la deuxième étape, pas la première. La première étape, c'est de cibler les bons importateurs et d'entamer une vraie conversation. Une fois l'acheteur réellement engagé et l'adéquation claire, l'échantillon conclut. Envoyé plus tôt, dans un vague peut-être, ce n'est qu'une façon coûteuse de se faire ignorer.

Qualifiez d'abord. Expédiez ensuite. Votre cave vous remerciera.