/ Stratégie

Les importateurs n'ont pas besoin d'un grand vin de plus. Ils ont besoin de celui qui leur manque.

Le truc pour qu'un importateur ouvre votre e-mail n'est pas de vanter votre vin. C'est de trouver le trou précis dans sa gamme, et de proposer de le combler.

15 juin 20266 min de lectureJournal vin/tr

/ L'essentiel

  • Les importateurs ne manquent pas de grands vins. Ils manquent de la référence précise qui leur fait défaut. Vendez le trou, pas la qualité.
  • Lisez la gamme de l'importateur avant d'écrire un mot. Le manque, une tranche de prix ou un style, c'est votre porte d'entrée.
  • Un vin qui comble un trou bat un vin « meilleur » qui double ce qu'il a déjà, à chaque fois. Les notes et les superlatifs, non.

Les importateurs n'ont pas besoin d'un grand vin de plus. C'est ce qui explique la plupart des argumentaires ignorés. Leurs portefeuilles en débordent déjà. Les meilleurs refusent chaque semaine d'excellents producteurs, non parce que le vin est mauvais, mais parce qu'ils n'ont simplement pas de place pour un de plus de ce style.

Alors quand votre e-mail s'ouvre sur « nous faisons un pinot noir exceptionnel », vous lui décrivez un problème qu'il n'a pas. Tout le monde fait quelque chose d'exceptionnel. L'argumentaire qui se fait ouvrir dit autre chose. Il dit : j'ai repéré la chose précise qui manque à votre gamme, et c'est moi.

Trouvez la plaie, pas le vin

Le portefeuille de tout importateur a des trous. Un catalogue lourd en bourgogne de prestige mais sans rien de frais et d'abordable pour une carte de tous les jours. Une belle gamme italienne sans blanc d'altitude. Une sérieuse sélection de vins nature à laquelle manque une seule référence classique, propre et nette. Une liste avec un trou sur une tranche de prix, plein de bouteilles au-dessus de trente euros et rien d'honnête à douze. Ces trous ne sont pas des secrets. Ils sont en pleine vue sur le site de l'importateur lui-même, dans la liste de ce qu'il vend déjà.

Le travail consiste à lire cette liste avant d'écrire un mot. Non pour l'admirer, mais pour l'auditer. Quelle tranche de prix est mince ? Quelle région est absente ? Quel style un acheteur réclamerait-il à cet importateur sans le trouver ?

Comment lire vraiment un catalogue

Auditer un portefeuille demande plus qu'un coup d'œil sur la page d'accueil. Lisez toute la gamme, pays par pays et prix par prix, et notez sa forme : où elle est profonde, où elle est mince, où un créneau évident reste vide. Regardez leurs ajouts récents : c'est leur direction actuelle, le genre de producteur qu'ils signent en ce moment. Notez les mots qu'ils utilisent pour se décrire, bio, vigneron, terroir, classique, valeur, et vérifiez si leur liste réelle est à la hauteur du discours ou s'il y a un écart entre l'histoire et le rayon. Croisez avec les prix en rayon, via un site de cotation, pour voir les tranches sur lesquelles ils travaillent vraiment, pas celles qu'ils revendiquent. À l'issue de cet audit, vous devez pouvoir nommer en une phrase le vin qui leur manque. Cette phrase est votre argumentaire.

Positionnez-vous comme la pièce manquante du puzzle

Une fois le trou trouvé, l'argumentaire s'écrit tout seul, et il ne ressemble en rien à une présentation générique. Il sonne plutôt comme : « Vous avez une belle sélection de bourgognes haut de gamme, mais je n'ai pas trouvé d'assemblage parcellaire d'Alsace, peu interventionniste et de tous les jours, sur votre liste. C'est exactement ce que nous faisons, exactement au prix qu'il faut pour cette place. »

Cet e-mail se fait lire, parce qu'il ne parle pas de vous. Il parle de lui. Vous avez fait la réflexion qu'il aurait dû faire, et vous lui tendez la réponse. Même quand le timing n'est pas le bon, un importateur se souvient du producteur qui a compris son catalogue mieux que la plupart de ses propres fournisseurs.

Le travail consiste à lire cette liste avant d'écrire un mot.

Un exemple concret

Disons que vous faites un blanc vif et minéral à douze euros départ cave, et que vous visez un importateur dont la liste regorge de bourgognes et de loires sérieux mais dont le blanc sec le moins cher au verre tourne à vingt-deux euros sur une carte de restaurant. Cet importateur a un trou : ses clients sommeliers réclament un blanc abordable et bien fait à servir au verre, et il n'a rien à offrir. Votre e-mail ne s'ouvre pas sur votre coteau ni vos médailles. Il s'ouvre sur le trou : un blanc propre et classique au prix exact que leurs cartes au verre appellent. Vous avez nommé un problème qu'il ressent chaque semaine et vous lui tendez la solution. Le timing peut rester mauvais, mais vous n'êtes plus un producteur plein d'espoir parmi cent. Vous êtes celui qui a compris son catalogue.

Écrire l'e-mail qui le prouve

Encore faut-il que l'e-mail le montre en quelques secondes. L'objet doit nommer la place, pas vanter votre domaine : quelque chose comme « un blanc sec à servir au verre pour votre carte » en dit plus qu'« un grand vin de Loire à découvrir ». La première phrase parle de lui et de sa gamme, pas de vous ; votre vin n'arrive qu'ensuite, comme la réponse au manque que vous venez de nommer. Restez court, une demande claire, une raison précise de répondre, et un seul vin proposé plutôt qu'un catalogue entier. Un importateur occupé décide en quelques lignes s'il a affaire à un argumentaire de plus ou à quelqu'un qui a fait son travail. Montrez que vous avez lu sa liste, et vous gagnez la seule chose qui compte au départ : qu'il continue à lire.

Pourquoi cela bat un meilleur adjectif

Les producteurs alignent les arguments de qualité, empilent les notes et les superlatifs. Mais l'importateur ne manque pas de qualité. Il manque de choses précises qui comblent des trous précis. Un vin qui comble un trou au bon prix battra un vin « meilleur » qui double quelque chose qu'il a déjà, à chaque fois.

C'est aussi pourquoi l'arrosage échoue et le ciblage précis fonctionne. Le même vin est un non pour l'importateur qui en a déjà trois comme lui, et un oui pour celui à qui il manquait discrètement. Le travail ne passe pas à l'échelle en envoyant plus ; il passe à l'échelle en lisant plus attentivement et en écrivant à moins d'acheteurs, mieux choisis. Votre travail n'est pas de crier plus fort. C'est de trouver l'importateur dont le trou a exactement la forme de votre vin, et de lui montrer que vous le voyez.