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Se faire remarquer par la LCBO et la SAQ : comment fonctionnent vraiment les monopoles canadiens

3 min de lectureJournal vin/tr

Le Canada est l'un des grands marchés du vin premium, un acheteur sérieux et haut de gamme de vin importé, et un foyer particulièrement solide pour les bouteilles françaises et italiennes. Il est aussi gardé par un système qui fait fuir la plupart des petits producteurs : des monopoles provinciaux qui contrôlent la façon dont le vin est acheté et vendu. Les deux géants sont la LCBO de l'Ontario et la SAQ du Québec. Ils ressemblent à un mur infranchissable. Ils ne le sont pas. Ce sont des procédures, et la procédure a un point d'entrée précis.

/ Vous ne démarchez pas le monopole. Vous nommez un agent.

La première chose à comprendre, c'est que vous, producteur étranger, ne pouvez en général pas traiter directement avec la LCBO ou la SAQ. Le système passe par un agent local licencié qui représente votre marque, soumet votre vin, et gère la relation avec le monopole en votre nom. En Ontario, cet agent doit être licencié par l'autorité provinciale, et vous le nommez formellement pour représenter votre gamme.

La vraie première tâche au Canada n'est donc pas d'impressionner un acheteur public. C'est de trouver le bon agent, celui dont le catalogue actuel colle à votre style et qui a une vraie assise auprès des acheteurs du monopole. Les associations professionnelles publient des listes d'agents licenciés, et c'est là que commence la recherche. Un bon agent est tout votre marché. Un mauvais est une impasse avec de la paperasse.

/ Les deux portes d'entrée, et celle qui convient à un petit domaine

Comme dans les pays nordiques, il y a deux voies, et elles conviennent à des producteurs très différents.

La première est le référencement général, le vin sur les rayons du monopole à travers des centaines de magasins. C'est le gros lot, et il est âprement disputé, dicté par les décisions d'achat de la régie et, pour les grandes places permanentes, par un sérieux poids marketing. Pour la plupart des petits domaines, c'est un jeu de longue haleine, quand il est réaliste.

La seconde voie est celle qui convient réellement aux producteurs boutique : le canal de la consignation, ou commande privée. En Ontario, environ cent vingt-cinq agents font tourner des programmes de consignation qui leur permettent de faire venir des vins de spécialité à la caisse, surtout pour les restaurants et les particuliers curieux qui veulent ce que les rayons publics ne portent pas. La SAQ du Québec a son propre canal d'importation privée bien développé, dans le même esprit. C'est là que vivent les vins singuliers de petite production, et là qu'une nouvelle relation démarre le plus souvent.

/ Entrez les yeux ouverts

Deux avertissements pratiques. Le Canada est une mosaïque : chaque province est son propre monopole avec ses propres règles, si bien que « vendre au Canada » veut dire en réalité choisir des provinces, en général en commençant par l'Ontario et le Québec, puis la Colombie-Britannique et l'Alberta. Et la trésorerie est réellement lente. Dans le canal de la consignation, le paiement peut tomber de quelques mois à de nombreux mois après l'arrivée du vin, parce que vous n'êtes souvent payé qu'une fois le stock écoulé. Intégrez ce décalage à votre planification. Sachez aussi que la voie de la consignation récompense la traction : en Ontario, un agent doit en général écouler un volume significatif d'un vin, de l'ordre de quelques centaines de caisses dans l'année, avant qu'il ne gagne une place d'entrepôt plus permanente. Rien de tout cela n'est rédhibitoire, mais entrer en s'attendant à des commandes immédiates et à un paiement rapide est le moyen le plus sûr d'être déçu.

Rien de tout cela n'est une raison de rester à l'écart. C'est une raison d'entrer dans les règles : choisissez votre province, trouvez le bon agent licencié, et visez la porte de la consignation plutôt que les rayons bondés. Fait ainsi, l'un des meilleurs marchés premium du monde est bien plus accessible que sa réputation ne le suggère.